Popcorn Time

Téléchargement pair-à-pair : ce que vous risquez vraiment en France

Deux mécanismes distincts s'appliquent au partage d'œuvres protégées, et les confondre conduit à surestimer ou à sous-estimer le risque. La réponse graduée, gérée par l'Arcom, vise la négligence du titulaire d'un abonnement et plafonne à 1 500 €. Le délit de contrefaçon vise la mise à disposition et monte à trois ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende. Le premier ne surveille que le pair-à-pair ; le second peut concerner n'importe quel mode de diffusion. Une décision du Conseil d'État du 30 avril 2026 a par ailleurs modifié la façon dont les abonnés peuvent être identifiés.

Avertissement

Cette page décrit un état du droit à la date indiquée, établi selon notre hiérarchie de sources. Elle ne remplace pas l'avis d'un avocat, et ne constitue pas une consultation juridique. Si vous avez reçu une lettre remise contre signature ou une convocation, adressez-vous à un professionnel.

Qui fait quoi

L'Arcom est née le 1er janvier 2022 de la fusion entre la Hadopi et le Conseil supérieur de l'audiovisuel, trois jours avant l'annonce d'arrêt de Popcorn Time. Elle a repris la réponse graduée sans en changer la mécanique. Dans le langage courant, beaucoup de gens continuent de dire « Hadopi » pour désigner le dispositif : c'est inexact depuis quatre ans, mais compréhensible.

Contrairement à une idée répandue, l'autorité n'observe pas le réseau elle-même. Elle est saisie de constats établis par des agents assermentés mandatés par les titulaires de droits, qui relèvent les adresses IP participant au partage d'un fichier, puis demande au fournisseur d'accès de rattacher ces adresses à des abonnés. C'est ce dernier point qui est aujourd'hui contesté.

Les deux procédures, côte à côte

Comparaison des deux régimes applicables
Négligence caractériséeDélit de contrefaçon
Ce qui est reprochéNe pas avoir sécurisé son accès à internet malgré des avertissementsReproduire ou mettre à disposition une œuvre sans autorisation
Qui est viséLe titulaire de l'abonnement, même s'il n'a rien téléchargéLa personne identifiée comme auteur des faits
NatureContraventionDélit
Peine maximale, particulier1 500 €3 ans d'emprisonnement et 300 000 €
Peine maximale, personne morale7 500 €1 500 000 €
Techniques surveilléesPair-à-pair uniquementTout mode de diffusion
Fréquence observéeRare au stade de la condamnationTrès rare pour un simple utilisateur

Le déroulé de la réponse graduée

  1. Premier avertissement, par courriel. Il rappelle l'obligation de veiller à ce que la connexion ne serve pas à mettre des œuvres à disposition. Aucune sanction n'est encourue à ce stade ; l'objectif affiché est pédagogique.
  2. Second avertissement, si de nouveaux faits sont constatés. Il est doublé d'une lettre remise contre signature, ce qui donne une date certaine au point de départ du délai suivant.
  3. Troisième constat dans l'année qui suit. Le dossier peut alors être transmis au procureur de la République sur le fondement de la contravention de négligence caractérisée, prévue à l'article R. 335-5 du code de la propriété intellectuelle.

À chacune de ces étapes, l'abonné peut adresser ses observations à l'Arcom. Un avertissement n'est pas une condamnation, ne figure pas au casier judiciaire, et n'entraîne par lui-même aucune inscription nulle part.

Ce qu'a changé la décision du 30 avril 2026

Statuant sur la conformité du dispositif au droit de l'Union, le Conseil d'État a jugé le 30 avril 2026 (décision n° 433539) que le traitement de données utilisé par la réponse graduée devait être revu. Deux points ressortent des analyses publiées dans les semaines qui ont suivi.

Le premier tient au cloisonnement. Pour des infractions considérées comme non graves, le droit européen impose que les opérateurs conservent séparément l'identité civile, les adresses IP et les données de trafic ; sans garantie de cette étanchéité, rattacher une IP à un nom devient irrégulier. Le second tient au contrôle : le croisement de ces données appelle une supervision renforcée.

Concrètement, et à titre transitoire, l'Arcom peut continuer d'envoyer les deux premiers avertissements, mais l'identification d'un abonné à partir de son adresse IP est bloquée pour les infractions simples tant que les conditions de conservation ne sont pas démontrées. Pour les faits relevant du délit de contrefaçon, les prérogatives restent inchangées.

Nuance

Rien là-dedans n'a légalisé le partage d'œuvres protégées, ni supprimé la réponse graduée, ni éteint l'action civile des ayants droit, qui peuvent toujours demander réparation devant les juridictions civiles. Elle impose une mise en conformité technique et juridique. Un nouveau décret est attendu ; l'état décrit ici est daté du 20 août 2026 et peut évoluer.

Ce qu'on croit à tort

« Le streaming ne compte pas »

La réponse graduée ne surveille effectivement que le pair-à-pair. Cela ne rend pas licite le fait de regarder une œuvre diffusée sans autorisation : la qualification de contrefaçon demeure, et l'Arcom dispose par ailleurs de moyens d'action contre les sites eux-mêmes, y compris leurs miroirs. L'absence de surveillance individuelle n'est pas une autorisation.

« Je télécharge, je ne partage pas »

Sur BitTorrent, la distinction n'existe pas. Le protocole renvoie aux autres participants les morceaux déjà reçus. Télécharger, c'est donc mettre à disposition. D'où la visibilité de Popcorn Time pour les agents assermentés — le fonctionnement du logiciel est décrit ici —, alors que l'utilisateur croyait simplement regarder un film.

« Avec un VPN, je suis en règle »

Un VPN déplace le point de sortie de votre trafic, sans modifier la nature des faits ni les obligations du titulaire de l'abonnement. La seule façon d'évacuer la question est de passer par un service qui détient les droits. Confondre discrétion et légalité reste l'erreur la plus répandue sur ce sujet.

Si vous avez reçu un avertissement

Sources

Page vérifiée le 20 août 2026. Le régime décrit est susceptible d'évoluer avec la publication du décret attendu ; nous daterons chaque mise à jour.